Si certains peuples indigènes forestiers semblent avoir été laminés par les vagues de colonisation successives et les processus d’acculturation en cours, d’autres sont en plein renouveau identitaire et s’inventent un avenir, espérant préserver eux-mêmes leurs territoires ancestraux.

S’ils sont conscients des enjeux écologiques, c’est d’abord leur intérêt collectif, politique, que défendent ces peuples nommés autochtones par l’ONU.

A ce jour, les instances étatiques ou internationales, qui cooptent d’en haut le montage des projets de préservation des aires naturelles, n’ont pas encore intégré l’une des clefs indispensables pour comprendre notre époque : la volonté des peuples indigènes forestiers d’assumer eux-mêmes, devant l’humanité, la préservation les forêts dont ils sont les habitants.

Comment nier que ces peuples représentent le dernier rempart – humain – contre la déforestation? C’est effectivement leur présence sur place qui ralentit les visées industrielles sur leurs territoires. Sans leur obstination à exister en tant que peuple, sans leur résistance quotidienne, les barrages qui ne sont pas encore construits le seraient déjà, et le saccage des forêts serait plus avancé encore qu’il ne l’est aujourd’hui. Par exemple le barrage de Pakitzapango serait déjà construit depuis longtemps puisque la décision politique de le faire a été prise il y a plus de vingt ans! Mais ce genre d’industrie travaille à long terme et sait rester patiente dans certains cas. Le temps joue pour elle, à mesure que l’identité culturelle des peuples amérindiens s’amenuise.

En Amazonie les peuples indigènes forestiers ont presque tous créé leur propre organisation autochtone. Ainsi structurés, plus rien ne leur interdit de monter leurs propres projets de préservation et de solliciter directement le soutien des citoyens du monde, via internet, sans attendre le dégel des instances internationales. Dans cette perspective les Ashaninka du Rio Ene représentent un cas d’école.