Équité, utilité, pérennité : le concept de forêt communautaire est encore jeune, en gestation, il reste donc encore largement à inventer. Il existe cependant à travers le monde de très nombreux exemples1 de gestion de la forêt qui respectent à la fois les critères de la « durabilité environnementale » et les droits des peuples forestiers. Ce type de gestion est généralement connu sous le nom de gestion communautaire des forêts quoique le cahier des charges varie en fonction de la diversité socio-environnementale des zones où il est mis en œuvre.

Selon le Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales – le WRM – qui milite pour une protection des forêts basée avant tout sur le droit des peuples indigènes, il est nécessaire de travailler dans deux directions : d’une part tenter d’éliminer les causes de la déforestation, et d’autre part restituer aux communautés forestières la responsabilité de la gestion des espaces naturels qu’elles habitent puisqu’elles sont les premières intéressées à la conservation de leurs ressources.

Pour y parvenir, les communautés indigènes doivent résoudre plusieurs questions fondamentales concernant les aspects organisationnels et administratifs d’une telle entreprise. Elles doivent préalablement mettre au point le dispositif démocratique de leur projet pour définir une participation équitable de l’ensemble de la communauté. Si les aspects techniques et écologiques sont primordiaux, il faut cependant garder toujours à l’esprit que le dispositif central d’une gestion communautaire des forêts est avant tout politique.

Cet aspect politique peut faire l’objet d’un dialogue interculturel avec l’extérieur, mais il relève fondamentalement des communautés elles-mêmes et de leur capacité à définir une stratégie collective, ce qui n’est facile pour aucune société.

Quelle place et quel rôle pour les ONG?

Dans leur marche vers l’autonomie, les organisations et les peuples indigènes sont appuyés (pour le meilleur et le pire) par une pléiade d’ONG. Celles-ci doivent cependant reconnaître le caractère transitoire de leur aide et limiter leur participation à une fonction de soutien, clairement définie, afin de ne pas assumer un rôle de direction qui contredirait le processus d’empowerment dont elles se réclament, processus de « renforcement des capacités » des communautés à administrer elles-mêmes leurs forêts.

Un projet de forêt communautaire peut consister en une gestion de cette forêt qui autorise une exploitation raisonnée de ses ressources ligneuses et non ligneuses. Il peut aussi s’agir d’un projet de préservation pure, dont les seuls revenus financiers résulteront de la préservation elle-même. Entre ces deux options les communautés forestières doivent se déterminer clairement, si possible dès la mise en place du projet.

1 Pour plus d’information, se référer à l’ouvrage du  WRM (Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales) : « Community Forests, equity, use and conservation ».